OIAC-56ème Réunions Annuelles-Rapport et Décisions

SYMPOSIUM DU  CAFE  AFRICAIN

Yaoundé, Cameroun, le mardi  29 Novembre 2016.

Le 4ème Symposium du Café Africain de l’Organisation InterAfricaine du Café (OIAC) s’est tenu le 29 Novembre 2016, dans la Salle Bouma A de l’Hôtel Hilton de Yaoundé, Cameroun, sous la présidence de M. Bello Bouba MAIGARI, Ministre d’Etat, Ministre du Tourisme et des Loisirs de la République du Cameroun, représentant le Premier Ministre, Chef du Gouvernement.

Sous le thème : « Transformation inclusive de la chaine de valeur dans l’industrie caféière africaine», ce Symposium s’est déroulé  en quatre sessions.

  1. Première session

Sous la modération de M. Michael NDOPING, Directeur Général de l’Office National du Cacao et du Café du Cameroun (ONCC-NCCB), la session comprenait trois sous-thèmes :

  •  Performances sur les exportations africaines,
  • Etat des lieux des exportations de café en RDC, et
  • Actions menées pour accroître la productivité, la production et la qualité du café en Afrique : cas de la lutte contre le Black Coffee Twig Borer (Xylosandrus Compactus) en Ouganda.  

Le premier sous thème, présenté par Dr. Denis SEUDIEU de l’OIC, a porté sur les exportations africaines de café qui connaissent tendance baissière significative depuis 1990 par rapport aux pays de l’Asie et de l’Océanie. Pour permettre à l’Afrique de se repositionner sur le marché mondial, les propositions ci-après ont été faites :

  • Accroître la productivité ;
  • Adopter de nouvelles technologies ;
  • Améliorer la compétitivité en recherchant des marchés niches.

Le deuxième sous thème, présenté par M. Kambalé K. KAMUNGELE, a porté sur l’expérience de la RDC dans l’exportation du café. Après un bref aperçu de l’état actuel de la filière café et le potentiel dont dispose son pays pour la culture du café, il a indiqué que le Café Congolais deviendra compétitif en l’espace de cinq ans.

Cependant, il existe encore des défis à relever à savoir :

  • Accès insuffisant aux intrants ;
  • Recherche inadéquate ;
  • Coût de logistique élevé ;
  • Fiscalité contraignante ;
  • Insuffisance et la vétusté des unités de transformation;
  • Manque de financement ;
  • Détérioration des termes de l’échange.

Pour relever ces défis, il faut : 

  • Développer les partenariats public-privé ;
  • Impliquer les jeunes pour booster la production et la consommation ;
  • Développer la coopération internationale ;
  • Mettre en place des politiques incitatives par rapport à la fiscalité. 

Le troisième sous-thème a été l’exposé sur l’expérience en matière de lutte contre les maladies qui affectent le caféier et en particulier l’infection causée par le  Black Coffee Twig Borer (Xylosandrus Compactus) en Ouganda, par Dr Godfrey KAGEZI, de NACORI Ouganda. Après avoir décrit le caractère destructeur de l’insecte, un état de la recherche sur la lutte éco-biologique par l’utilisation de pièges à base d’alcool et d’insecticides, l’identification des maladies et des insectes pouvant empêcher le Borer d’étendre sa zone de destruction.

Les défis sont les suivants :

  • Identifier toutes les espèces de ravageurs ;
  • Identifier toutes les maladies qui attaquent le caféier ;
  • Identifier les différents modes de propagation et de transmission du  Borer.

Pour relever ces défis, il a été recommandé de :

  • Créer des passerelles de coopération entre les Etats ;
  • Créer un réseau régional de lutte contre cet insecte ;
  • Mobiliser les financements ;
  • Elaborer des stratégies ;
  • Evaluer l’impact des ravages du Borer.
  1. Seconde Session

Modérée par M. Kilama  LAJUL, Secrétaire de l’UCDA, Ouganda, cette session a porté sur deux sous-thèmes :

-Promouvoir la Coopération Interafricaine : comment renforcer la coopération entre les Etats membres de l’OIAC dans la quête de transformation de la chaine de valeur du Café Africain ;

-Marchés mondiaux du Café : Volatilité à court terme, opportunité à long terme pour les producteurs africains.

Le premier sous-thème a été animé par M. John SCHLUTER, Café Africa (Suisse). Il a parlé du rapprochement entre la production actuelle et la demande potentielle du café à l’horizon 2030. Cependant, face à la baisse de la production des pays africains, un certain nombre d’actions devraient être menées :

  • Renforcement du partenariat public-privé ;
  • Amélioration de la production et de la productivité par la création d’une nouvelle génération de producteurs ;
  • Mise en place d’une plateforme internationale qui pourrait servir de passerelle entre les producteurs et les consommateurs ;
  • Mobilisation des fonds conséquents ;
  • Implication  des Ministres des finances aux différentes réunions de l’OIAC.

Le deuxième sous-thème, animé par M. Abah OFON, Agri-Money Ltd, RU, a relevé que la situation du marché international du café est marquée par la volatilité des cours mondiaux. 

Pour juguler cette situation, l’Afrique devrait :

  • Renforcer sa consommation intérieure ;
  • Développer sa stratégie d’accès aux marchés de niche, notamment le marché japonais ;
  • Résoudre le déficit d’information relatif au marché financier ;
  • Atténuer les effets des spéculations sur les marchés financiers.

Le Panel 1 comprenait l’introduction de Mme Nancy CHERUIYOT de Kenya Commodities Fund sur ‘’Financement de l’industrie Caféière Africaine’’, trois exposés : l’Alliance Financière pour le Commerce Durable (FAST) par Aïnina AIDARA, la BAD par Benedict KANU et l’AFREXIMBANK par Itong Eric MONCHU. Ces trois orateurs ont fait le point sur l’apport financier qu’ils proposent à la filière café et les perspectives de financement à moyen terme. Entre autres, la BAD est en train de  mettre en place un Fond pour le Café Africain dont l’objectif principal est d’apporter une réponse à la demande croissante du café, en partenariat avec l’OIAC.

Au terme de ces échanges, les recommandations ci-après ont été faites :

  • Finance r booster la production ;
  • Changer d’état d’esprit des acteurs de la filière ;
  • Stabiliser de l’environnement sociopolitique ;
  • Améliorer la qualité des intrants ;
  • Mettre en place une stratégie efficace de communication et de marketing ;
  1. Troisième Session

Sous le thème du ‘’Renforcement des capacités des  producteurs’’, S.E. Mme Josefa SACKO, ancienne SG de l’OIAC en a été la modératrice. Elle a couvert trois sous-thèmes :

  • Amélioration de la consommation du café par le développement de la chaine de valeur : cas du Cameroun ;
  • Les défis de la transformation domestique du café et modèles d’incubation de l’agro-industrie ;
  • Booster la productivité du café en Afrique : leçons tirées de l’expérience du Vietnam, Nestlé, Neumann Kaffe, WCR.

Pour les deux premiers sous thèmes du panel 2, nous pouvons retenir que les pays africains ont déployé de nombreuses stratégies pour améliorer la consommation domestique du café.

Au Cameroun, intégrer la consommation de café dans les habitudes alimentaires par une synergie des actions des torréfacteurs, le renforcement des capacités, la recherche de financements, l’amélioration de l’emballage du café, sont entre les actions entreprises par le Conseil Interprofessionnel du Cacao et du Café (CICC).

Le  Kenya a basé sa stratégie de promotion locale du café sur les jeunes. L’idée est d’impliquer les jeunes à la culture et à la consommation du café et offrir le financement aux jeunes entrepreneurs.

L’Ethiopie comme premier producteur d’Afrique consomme la moitié de son café, par tradition qui remonte à plusieurs siècles, par le développement de plusieurs points de consommation sur l’ensemble du pays et son extension sur certains marchés européens. Ces actions reposent sur des concours de qualité entre torréfacteurs, des sessions de renforcement des capacités, l’implication des jeunes par la formation et le financement des projets.

La Côte d’Ivoire a reconnu la nécessité de renouveler son verger et accroître sa production comme préalable à la promotion de la consommation domestique. A l’instar du Cameroun et de l’Ethiopie, le pays envisage installer des kiosques à café dans les Administrations, les communes d’Abidjan et à  l’intérieur du pays.

En Ouganda la stratégie de consommation domestique est en cours de renouvellement. Cette stratégie doit son succès à un processus rigoureux de planification. Le café, première source de devises, est remplacé par le tourisme qui s’avère être également une aubaine pour la promotion du café. Un accent est mis sur la consommation de café, en vue de faire concurrence au thé. Le but est de couvrir toute la chaîne de valeur. La consommation locale permettra à terme d’évaluer et améliorer la qualité et le label du café d’investir d’autres marchés porteurs.

Au Nigéria, la stratégie de consommation locale de café est basée sur son importante population. Afin de convaincre les Nigérians à consommer le café, une stratégie de communication sur les vertus du café et orientée sur les leaders d’opinions notamment les dignitaires religieux, les autorités traditionnelles, administratives et politiques a été élaborée. Cependant,  la recherche scientifique poursuit ses travaux pour d’identifier d’autres vertus du café.

Au terme de ce panel, les propositions suivantes ont été faites :

  • Améliorer les capacités d’adaptation des petits producteurs aux nouvelles technologies ;
  • Multiplier les coffee points ;
  • Développer le label qualité ;
  • Elaborer un plan de promotion ;
  •  Constituer un vaste marché de consommation intérieur sur le continent et rechercher de nouveaux marchés, comme la Chine ;
  • Impliquer les jeunes et les femmes dans la production et la consommation du café ;
  • Impliquer le secteur privé dans la chaine de production ;
  • Créer et renforcer les organisations de producteurs ;
  • Promouvoir les vertus du café.

Le panel 3 a mis en exergue les éléments clés pour booster la productivité en Afrique comme les expériences du Vietnam, du Ghana et de la Tanzanie.

Cependant les défis encore à relever portent entre autres sur :

  • La professionnalisation, l’organisation et l’encadrement des producteurs;
  • L’adoption de variétés à rendement élevé et le développement de cultures intensives ;
  • Le développement du partenariat public-privé et la mise en place d’une plateforme inclusive entre les différents acteurs ;
  • La création d’incitations socio-économiques pour les producteurs, notamment les conditions favorables de crédits et la subvention d’intrants ;
  • La résolution du problème de la propriété foncière ;
  • L’adhésion des producteurs aux nouvelles stratégies pour une meilleure productivité ;
  • La définition et la mise en œuvre de politiques gouvernementales efficaces ;
  • L’appui aux organisations de producteurs ;
  • La création  de réseaux de vulgarisation aux innovations culturales ;
  • Le renforcement de capacités des producteurs ;
  • L’adaptation aux changements climatiques et la lutte contre la déforestation, les maladies et les ravageurs ;
  • La diversification des cultures ;
  1. Quatrième Session

Sous le thème : ‘’mobilisation des jeunes et des femmes pour une industrie caféière durable en Afrique et développement communautaire’’,  cette session a été modérée par le DR. Nagua COULIBALY du Conseil du Café et Cacao de la Côte d’Ivoire et a porté sur deux sous-thèmes :

  • Mobilisation des Jeunes et des Femmes pour une Industrie Caféière Durable en Afrique ;
  • Développement Communautaire : l’impact de la durabilité du Café sur le Développement Communautaire.

Le premier sous-thème présenté par Hon. NDAM NJOYA (Cameroun) et M. Rob SKIDMORE, ITC, Genève, la problématique a porté sur le vieillissement des caféiculteurs africains ; ce qui requiert l’implication et la mobilisation active des femmes et des jeunes.

Pour y arriver, l’Afrique devra en ce qui concerne les femmes,

  • mettre en place une politique efficace de changement des mentalités intégrant l’approche genre ;
  • faciliter l’accès aux facteurs de production, notamment financiers et fonciers ;
  • encourager la mutualisation des ressources humaines entre les pays ;
  • intégrer la femme dans la chaine de la valeur de la production du café ;
  • créer des plateformes rassemblant les acteurs des secteurs public-privé, notamment les femmes ;
  • associer les femmes dans le processus de prise de décision (politique, économique, etc…) ;

En ce qui concerne les jeunes,

  • mener des actions favorables susceptibles d’attirer les jeunes dans la filière caféière ;
  • établir le lien entre le café et les autres aspects tels que la rentabilité économique, l’écotourisme ;
  • créer des services connexes à l’endroit des jeunes autour de la filière café ;
  • encourager l’utilisation des TIC dans ce secteur pour attirer les jeunes.

En outre, il a été suggéré de mettre en cohérence l’ensemble des stratégies relatives au développement de la filière caféière.

Quant au second sous-thème, M. Michael NDOPING, DG ONCC du

 Cameroun, a souligné l’interconnexion entre la culture du café et les trois piliers du développement durable (économie, social et environnement). Pour cela, il a prescrit une meilleure production, meilleure vulgarisation, meilleure commercialisation et l’établissement d’une plateforme de partenariat secteur public-privé.

  • La promotion et l’intégration du genre ;
  • La mobilisation de la jeunesse à la culture du café ;
  • La mise à disponibilité des intrants ;
  • Le développement de la recherche scientifique ;
  • L’implication des producteurs dans la création de variétés;
  • Le développement de la traçabilité des produits transformés ;
  • L’élaboration d’une approche holistique ;
  • La définition un cadre juridique pour l’investissement dans l’industrie de la caféiculture.